Le président américain Barack Obama a annoncé vendredi une nouvelle stratégie « plus forte et plus intelligente » concernant la guerre en Afghanistan, un conflit en cours depuis l'automne 2001 et qui est maintenant inextricablement lié à l'insurrection qui déchire le nord du Pakistan. L'objectif déclaré est d'empêcher Al-Qaïda de prendre racine dans la région, afin d'éviter de nouveaux attentats comme ceux du 11 septembre 2001, mais aussi de Londres ou de Bali, en Indonésie.
L'atteinte de cet objectif passe par un renforcement de l'armée et de la police afghanes, la reconstruction des institutions civiles, une meilleure gouvernance de la part du gouvernement et une concertation internationale accrue. Plusieurs critères d'évaluation seront établis à cette fin pour que le progrès accompli puisse être mesuré, a indiqué Barack Obama. Afin d'assurer l'imputabilité, le travail d'un vérificateur général apte à mesurer l'efficacité des dépenses américaines sera davantage financé.
« Nous ne sommes pas en Afghanistan pour contrôler le pays ou dicter son avenir », a dit le président. « Les Américains doivent comprendre que nous avons un but clair et précis: déranger, démanteler et détruire Al-Qaïda au Pakistan et en Afghanistan, et empêcher leur retour dans l'un ou l'autre de ces pays à l'avenir. »
Extrait du discours de Barack Obama
Plusieurs personnes aux États-Unis - et dans d'autres pays qui ont sacrifié beaucoup - se posent une question simple. Quel est notre but en Afghanistan? Après tant d'années, se demandent-ils, pourquoi nos hommes et nos femmes y combattent-ils toujours et y meurent? Ils méritent une réponse claire. Alors, je vais être clair: Al-Qaïda et ses alliés - les terroristes qui ont planifié et appuyé les attaques du 11 septembre - sont en Afghanistan et au Pakistan. De nombreuses évaluations des services de renseignements nous préviennent qu'Al-Qaïda planifie activement des attaques sur le territoire américain à partir de havres au Pakistan. Et si le gouvernement afghan tombe aux mains des talibans - ou permet à Al-Qaïda d'agir sans entraves -, ce pays redeviendra une base pour les terroristes qui veulent tuer autant de nos citoyens qu'ils le peuvent.
Quelque 4000 soldats américains seront ainsi bientôt déployés afin de former des soldats et des policiers afghans. L'objectif est d'obtenir un effectif de 134 00 soldats et 82 000 policiers d'ici 2011, afin que le pays soit en mesure d'assurer sa sécurité lui-même. Les États-Unis enverront également un contingent d'ingénieurs, d'avocats, de professeurs et de spécialistes afin de soutenir la société civile.
Ne vous trompez pas. Nos efforts échoueront en Afghanistan et au Pakistan si nous n'investissons pas dans leur avenir. [...] Ces investissements allègent le fardeau de nos troupes. Ils contribuent à la sécurité. Ils mettent les Américains en sécurité. Et ils nous permettent d'économiser beaucoup d'argent à long terme.
— Barack Obama
Le président Obama a effectué une évaluation brutale de la situation en Afghanistan. Le pays, a-t-il dit, « a un gouvernement élu, mais il est miné par la corruption et a de la difficulté à fournir des services de base à la population. L'économie est grevée par un narcotrafic florissant qui encourage la criminalité et finance l'insurrection. »
En ce qui concerne le Pakistan, le président Obama a plaidé pour une poursuite de l'aide militaire de plusieurs milliards de dollars fournie au gouvernement depuis le début de la guerre contre les talibans. Islamabad, a-t-il toutefois prévenu, doit prouver son engagement à combattre Al-Qaïda et les extrémistes violents qui ont trouvé refuge dans les zones tribales frontalières de l'Afghanistan.
Les États-Unis comptent aussi offrir au Pakistan une aide de 1,5 milliard de dollars par année, pour les cinq prochaines années, afin de reconstruire des routes, des hôpitaux et des écoles, mais aussi de renforcer la démocratie pakistanaise. Le président Obama demande au Congrès américain d'approuver le projet de loi qui autorise le versement de cette aide.
Le président Obama a aussi annoncé que, de concert avec les Nations unies, il créera un groupe de contact pour l'Afghanistan et le Pakistan qui réunira tous les pays qui ont intérêt dans la sécurité de la région, soit les pays de l'OTAN, les pays d'Asie centrale, les pays du Golfe, l'Iran, la Russie, l'Inde et la Chine.
Le Canada favorable, mais sans budget supplémentaire
Ottawa a accueilli favorablement la nouvelle stratégie de Barack Obama. Le ministre fédéral des Affaires étrangères, Lawrence Cannon, a dit en conférence de presse que les positions défendues par le président américain sont similaires à celle du Canada.
Toutefois, le ministre Cannon a précisé qu'il n'est pas question pour les conservateurs d'augmenter les budgets pour l'Afghanistan. Même chose en ce qui concerne une aide financière majeure au Pakistan. Sur ce point, le Canada ne suivra pas la stratégie annoncée par Barack Obama.
Nous accueillons favorablement la décision du président Obama à l'égard de cette révision, tant du côté de l'Afghanistan que du Pakistan, une approche qui est panrégionale et qui est aussi pangouvernementale.
— Lawrence Cannon
L'opposition libérale applaudit la stratégie américaine. Toutefois, leur chef Michael Ignatieff reproche au premier ministre Harper de laisser toute la place aux Américains et de s'ajuster sur leur stratégie.
Je crois que les Canadiens, nous avons le droit d'être à la table quand on forme la stratégie pour nos troupes, et je reproche beaucoup à monsieur Harper d'être absent justement parce que si on ajoute 17 000 troupes américaines, qu'est-ce que nous nous allons faire dans les deux années qui restent de notre mission?
— Michael Ignatieff
Le porte-parole libéral en matière d'Affaires étrangères, Bob Rae, a estimé que le Canada aussi devrait en faire plus pour le Pakistan, comme s'apprêtent à le faire les Américains. Toutefois, en ce qui concerne l'effort militaire canadien en Afghanistan, il maintient qu'il devrait se terminer en 2011.
Malgré tout, les libéraux appuieraient le maintien d'une présence canadienne civile en Afghanistan, après 2011, pour faciliter, entre autres, les éventuels processus de réconciliation dont a parlé Barack Obama. En ce sens, ils s'opposent à tout prolongement de la présence militaire canadienne.
Depuis 2002, 116 militaires canadiens ont perdu la vie en Afghanistan.
( Radio-Canada.ca avec Agence France Presse et Presse canadienne )
Publié par : Marcel Charland
à 08:23:44
Permalien
Comments :
Catégories :